Avec
cette invitation, que nous lance Socrate, commence un parcours « initiatique », une recherche philosophique. Connaître l'homme ne peut se résumer à une simple description ou, encore moins, à une simple énumération des déterminations qui le composent. Dans l'appel reçu par
Socrate : « connais-toi, toi même », il y a une profondeur que nous pouvons immédiatement soupçonner même si nous ne pouvons pas l'expliquer ou l'énoncer de manière intuitive et
directe. Revenons donc à "Pierre". Un homme déterminé, unique que nous connaissons. Qui est-il ? Qu'est-il ? Que fait-il ? Pourquoi existe-t-il ? Dans un premier temps, nous pouvons considérer
ses diverses activités. Elles sont visibles et finalement communes, en un certain sens, avec nos propres activités : Pierre travaille. Il est ouvrier, artisan, ingénieur, professeur, artiste,
médecin ou homme politique etc. L'expérience du travail est fondamentale pour lui. Elle occupe, sans doute, la plus grande part de son emploi du temps. Pierre aime. Il a des amis et peut-être
a-t-il fondé une famille et a-t-il des enfants. Cette dimension de l'amour pour une autre personne humaine joue pour sa vie un rôle très important. Cela a modifié son existence et lui a donné un
sens plus profond. Pierre vit dans un milieu de travail, une famille, un village, une ville. Il participe aux activités d'une association, d'une entreprise, d'un club sportif etc. Il vit donc
dans un milieu consititué d'autres personnes qui ont en commun avec lui de participer à cette « communauté » humaine de travail, de loisir ou de vie. Il est un animal politique en
quelque sorte. Pierre peut être aussi un homme religieux, appartenir à une communauté de croyants : chrétien, juif, musulman, hindouiste etc. Cette
appartenance à une communauté de croyants s'exprime, s'il pratique sa religion, par des actes spécifiques et se manifeste de manière extérieure et visible dans la liturgie commune de sa
communauté.
Nous avons là quatre grandes expériences pratiques très concrètes que nous discernons chez Pierre : le travail, l'amour humain, la vie sociale
et politique et la vie religieuse.
Ici apparaissent quatre grands lieux de réflexion philosophique : La philosophie du travail humain, la philosophie éthique, la philosophie politique et la philosophie de la religion (éthique
religieuse). Chacune de ces parties de la philosophie des activités humaines a pour but de mieux comprendre ces activités afin de mieux les vivre soi-même. C'est la philosophie pratique. Ce que
les grecs appelaient la praxis. Mais ce n'est pas tout. Pierre appartient, de fait, à ce cosmos dans lequel nous vivons tous : il vit sur cette terre que nous appelons « la nature », au
milieu des pierres, des fleuves, des arbres, des animaux. Il fait partie intégrante de cet univers en perpétuel mouvement. Ainsi la philosophie va chercher à mieux comprendre le cosmos, cet
être-en-mouvement, et devra élaborer une philosophie de la nature. Pierre également est un vivant. Toutes les activités dont nous avons parlé précédemment témoignent de la vitalité de Pierre. Il
est un vivant, capable de se donner à lui même des directions, d'orienter sa vie et ses activités. Qu'est-ce que la vie ? Qu'est-ce que Pierre est en tant que vivant ? La diversité des activités
vitales de Pierre est évidente : il mange, boit, respire, il est capable par sa sexualité de se reproduire, il peint ou chante ou fait du foot-ball, il pense, il aime ses amis, sa compagne, ses
enfants... Il est un vivant. Une nouvelle partie de la philosophie se révèle ici : la philosophie de la vie ou plutôt du vivant regardé comme celui qui se meut lui-même. Celui qui est capable de
se donner à un lui-même un certain mouvement. Enfin, tout cela repose sur cette première constatation que nous avions faite dans notre article sur les catégories. Pierre est homme : ousia
première et ousia seconde disait Aristote. Nous saisissons bien que cette façon d'enserrer Pierre par ces deux saisies : comme individu et comme homme, unissant un aspect singulier et un aspect
général, est insuffisante pour dire ce que Pierre est finalement. C'est la philosophie première, science de « ce qui existe, en tant qu'il existe », qui viendra suppléer à cette lacune.
La philosophie de l'être en mouvement (philosophie de la nature), la philosophie de l'être se mouvant (philosophie de la vie) et la philosophie de l'être en tant qu'être constitueront la partie
contemplative de la philosophie : ce que les grecs appelaient la théoria.
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