Vendredi 16 octobre 2009
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La Parole divine, lorsque nous la lisons d'une manière contemplative, est la nourriture la plus essentielle de notre
foi. L'intelligence reçoit, par elle, une lumière qui la tourne et l'élève vers les réalités d'en-haut, les mystères. Elle éclaire, en retour, tout ce que nous vivons actuellement en le soumettant
au regard de la Sagesse divine. Elle forme ainsi dans notre intelligence un véritable regard de sagesse.
La découverte de la volonté du Père, à travers l'obéissance de Jésus à son Père, jusqu'à la Croix, nous est apparue comme la nourriture de notre espérance parce qu'elle nous établit sur le rocher
de la volonté éternelle du Père.
L'invitation à entrer en synergie avec cette volonté du Père sur nous, nous permet de prendre appui non plus sur nous-mêmes mais sur la grâce divine qui enveloppe et accompagne ceux qui
l'accueillent avec amour. De cette manière, toutes nos fragilités, les épreuves que nous rencontrons, les adversités, ne forment plus un obstacle infranchissable pour l'accomplissement de notre
vocation la plus profonde. "Rien ne pourra nous séparer de l'amour du Christ" dira saint Paul exprimant par là la force invicible de l'espérance divine. Celle-ci réordonne et purifie nos désirs
d'accomplissement humain : "Celui qui a cette espérance en lui, devient pur comme Celui-là (le Christ) est pur" dira saint Jean le Théologien. Les épreuves ne viennent plus briser l'élan de vie et
d'amour que l'Esprit-Saint entretient comme un feu au plus intime de notre volonté. L'espérance est une ancre qui nous garde de dériver.
Toutes nos espérances humaines, nos désirs humains, sont terriblement fragiles, nous le savons bien. Lorsque ces espérances se révèlent vaines, perdues, inaccessibles, nous tombons facilement dans
la tristesse ou pire dans le désespoir. Mais l'espérance que Dieu nous donne ne peut être vaincue par les tourments, les déceptions, les solitudes forcées, les trahisons, les déshonneurs, les
séparations, les persécutions ou encore la mort qui est notre dernier adversaire. Seule l'espérance divine peut affronter les situations limites auxquelles l'homme est parfois confronté et dont la
philosophie contemporaine a pris une conscience très vive.
Le discours de Jésus sur le Pain de vie nous oriente maintenant vers le mystère du Corps et du Sang du Christ comme nourriture et comme boisson pour la croissance de l'amour divin en nous. L'amour
divin se développe en nous, il nous fait croître en grâce, en gloire et en sagesse.
En nous rapprochant toujours plus de l'intensité d'amour du Christ pour nous, elle agrandit notre coeur pour que nous puissions le recevoir toujours davantage : "Ce n'est plus moi qui vis, c'est le
Christ qui vit en moi" disait l'apôtre des nations, saint Paul. Cela peut s'entendre ainsi : "ce n'est plus moi qui aime, c'est le Christ qui aime en moi." Ce n'est plus un simple coeur humain qui
s'efforce d'aimer, c'est le Christ qui lui communique le feu de son propre amour divino-humain. Ce n'est plus un simple coeur humain qui aime à sa propre mesure, à sa propre manière... C'est le
Christ qui vient aimer en nous et le Père et les hommes : "Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés." Il faut toujours revenir à cela.
Le discours de Jésus sur le Pain de vie nous est transmis par saint Jean le Théologien au chapitre 6 de son évangile. Il nous donne la lumière théologique la plus profonde sur le mystère de
communion auquel nous sommes prédestinés par la Sagesse de Dieu. Car le mystère de l'amour divin est un mystère de communion : "nous vous annonçons cette vie éternelle qui était auprès du Père et
qui nous est apparue. Ce que nous avons vu et entendu, nous vous l'annonçons afin que vous soyez en communion avec nous. Quant à notre communion, elle est avec le Père et avec son Fils
Jésus-Christ. Nous vous écrivons tout ceci pour que notre joie soit complète" nous dit saint Jean le Théologien dans sa première épître.
La joie parfaite est réalisée dans ce mystère de communion, d'unité dans l'amour, avec le Père et son Fils bien-aimé et avec tous les hommes. Déjà, au plan humain, le bonheur se réalise dans
l'union des coeurs de l'aimé et de l'amant, comme disaient les anciens, ce qui permet que chacun demeure en l'autre.
Bien sûr, au plan humain, cette inhabitation est intentionnelle, réelle mais intentionnelle. Au plan divin, quelque chose de tout à fait nouveau apparaît. L'inhabitation ne sera plus seulement
intentionnelle, elle prend un caractère substantiel. Le Christ n'habite pas en nous intentionnellement mais d'une manière unique, substantielle.
Humainement, cela est impossible à réaliser ou à comprendre. C'est ce qui a causé l'horreur des juifs de l'époque écoutant le discours de Jésus sur le pain de vie : "comment, disaient-ils, cet
homme peut-il nous donner sa chair à manger ?" Certains lui tournèrent définitivement le dos en disant : "cette Parole est trop dure, qui peut l'entendre?"
Rappelons maintenant les circonstances au cours desquelles Jésus a donné cet enseignement sur le Pain de vie. Il fait suite au signe merveilleux de la multiplication des pains.
Jésus accomplit un signe prodigieux pour une foule très nombreuse venue l'écouter. Ils allaient repartir sans avoir mangé et Jésus ne veut pas les laisser retourner chez eux sans avoir rien mangé,
de peur que certains éprouvent un malaise sur le chemin du retour.
Il accomplit donc ce signe qui va déclancher un tel enthousiasme dans la foule qu'ils voudront s'emparer de lui et le faire roi. Jésus s'enfuit alors et part seul pour prier dans la montagne. Le
lendemain la foule, qui n'a cessé de le rechercher, le retrouve enfin et vient alors un dialogue étonnant entre Jésus et ces hommes qui étaient partis à sa recherche. Eux souhaitent le voir
accomplir à nouveau des signes, ils lui réclament un nouveau signe. Comme le signe de Jésus était la multiplication des pains, dans leur mémoire religieuse collective revient le miracle de la manne
que le peuple juif au désert recevait chaque jour. Ainsi Moïse leur avait-il donné du pain chaque jour et Jésus qu'allait-il faire ? Allait-il reproduire son geste et soutenir son peuple, lui
donner à manger chaque jour ? Etait-il aussi grand ou plus grand que Moïse ? Jésus leur rappelle que ce n'est pas Moïse qui leur a donné le pain dans le désert mais son Père ! Et voilà que le pain
leur est donné à nouveau, mais cette fois non pas un pain périssable, qui pourrit lorsqu'il n'est pas mangé le jour même, mais le Pain de la Vie éternelle, le Pain du Père, et cela de manière
définitive en la personne de Jésus.Car c'est Lui le vrai Pain du Père. Il est la nourriture éternelle du Père. Et voici que le Père les invite à sa propre table pour manger le même pain que lui
!
Jésus montre le caractère substantiel, réel, de ce don en leur enseignant que son Corps est une vraie nourriture et son Sang une vraie boisson, annonçant prophétiquement le mystère de la Cène, où
il instituera l'Eucharistie, et celui de la Croix où tout sera consommé...
Voici le Pain que le Père nous donne, un aliment divin qu'il faut comprendre dans tout son réalisme, sans le matérialiser : "C'est l'esprit qui vivifie, la chair ne sert de rien, leur dira Jésus,
les paroles que je vous ai dites sont esprit et elles sont vie" Jésus nous donne la lumière pour une exégèse de son discours sur le Pain de vie. Le Corps du Christ et le Sang du Christ nous sont
donnés substantiellement à la Cène, à la Croix, pour que nous en soyons nourris. Pour que le Christ vive en nous et deviennent notre nourriture, comme Il est, comme Verbe, la nourriture et la Joie
éternelle de son Père. On se nourrit d'un ami, d'un enseignant, de nos parents, d'un maître dans l'art, la science ou la sagesse, on se nourrit du Fils de Dieu et cette nourriture est inépuisable.
Mais ce n'est que du Fils de Dieu que l'on peut se nourrir substantiellement dans la communion avec le Père sous le souffle de l'Esprit-Saint.
Par Frédéric Tavernier Vellas
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Publié dans : La vie spirituelle
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