Mercredi 2 septembre 2009
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"N'aimez-ni le monde, ni rien de ce qui est dans le monde. Si quelqu'un aime le monde, l'amour du Père n'est pas en
lui." Cette mise en garde du Théologien, saint Jean, dans sa première épître nous alerte sur un antagonisme puissant que nous vivons dans notre coeur et dans notre chair ; antagonisme entre deux
amours qui provoque un conflit au plus intime de nos appétits spirituels et charnels. "Nul ne peut servir deux maîtres"...
Saint Jean explicitera cette affirmation en développant son regard sur les trois concupiscences (de la chair, des yeux et de l'orgueil). Ces concupiscences caractérisent l'amour du monde et de ses
convoitises, l'amour désordonné de ce monde qui passe et qui étouffe l'amour ordonné pour le Royaume qui ne passe pas. Cet amour du monde, s'il domine sur nous, s'il est maître de notre volonté
spirituelle, exclue l'amour du Père. Il étouffe en nous l'amour divin comme les ronces qui se multiplient peuvent étouffer les bons fruits.
Au chapitre 17 de son Evangile, saint Jean nous faisant découvrir la prière de Jésus à son Père, avant d'entrer dans sa passion, nous rapporte cette affirmation du Christ : "Je prie pour eux, je ne
prie pas pour le monde mais pour ceux que tu m'as donnés car ils sont à toi" Puis, plus loin, "Je leur ai donné ta parole et le monde les a pris en haine, parce qu'ils ne sont pas du monde, comme
moi, je ne suis pas du monde. Je ne te prie pas de les retirer du monde, mais de les garder du mauvais"
Enfin dans ce combat, Jésus nous donne la certitude de sa victoire en nous disant : "Gardez courage, petits enfants, j'ai vaincu le monde."
Nous comprenons que, dans cette acception, le terme "monde" désigne ce qui appartient aux ténèbres, au péché, au Malin. Pour ce monde-là, Jésus ne prie pas car cette prière serait inutile. On ne
prie pas pour la satisfaction de nos passions, on ne prie pas pour que le péché puisse trouver son épanouissement en nous, on ne prie pas, non plus, pour les démons qui ne sont pas susceptibles
d'une conversion. En ce sens, on ne prie pas pour le monde.
Regardons maintenant cet autre passage de l'évangile de saint Jean qui pourrait sembler contredire tout ce que nous avons affirmé précédemment. Et rappelons nous cette méthode des pères de l'Eglise
qui consiste à frotter des paroles qui peuvent sembler contradictoires pour que l'étincelle jaillisse et que la lumière nous soit donnée. Saint Jean nous rappelle cet enseignement du Sauveur :
"Oui, Dieu a tant aimé le monde qu'il a donné son Fils unique afin que tout homme qui croit en lui ne périsse pas, mais qu'il obtienne la vie éternelle. En effet, Dieu n'a pas envoyé son Fils dans
le monde pour condamner le monde, mais pour que le monde soit sauvé par Lui."
Par le baptême nous avons été consacrés dans la vérité, nous sommes morts au péché, nous avons été délivrés puissamment de la tyrannie du démon. Le Christ est venu pour nous arracher au pouvoir des
ténèbres, pour nous délivrer de l'empire des trois concupiscences sur notre esprit et notre chair. La consécration dans la vérité nous met à part en ce monde. "Consacre-les dans la vérité" demande,
pour nous, Jésus à son Père. Cette consécration implique une appartenance. Nous sommes au Christ et le Christ est à Dieu. Si nous sommes à Lui, son règne s'étend sur nous. Nous ne sommes plus
dominés par un autre maître.
Lorsque le Christ règne dans nos pensées, dans nos coeurs, dans notre chair, le Royaume de Dieu s'établit au plus intime de nous. Lorsque l'Esprit-Saint, que Jésus nous envoie, peut enfin exercer
son emprise sur nous, lorsque nous le laissons nous diriger, nous donner sa force, nous éclairer, incliner nos jugements, nos intentions et nos actes vers la vérité, alors notre monde intérieur est
le Royaume de Dieu qui est venu jusqu'à nous en la personne de Jésus.
Jésus imprime son sceau au plus intime de notre âme spirituelle et celle-ci domine sur le corps. Toutefois, nous vivons dans le monde, nous sommes envoyés dans le monde, nous sommes dans le monde.
Le monde ici représente les hommes, toute l'humanité pécheresse rachetée dans le sang de l'Agneau.
Le monde est donc à la fois en nous et hors de nous. Notre monde intérieur dont le Malin a possédé les clefs pour un temps est marqué par ce foyer du péché, le foyer des trois concupiscences qui
sont l'amour du monde en nous. Or nous savons que le baptême et l'illumination (confirmation) ont réalisé notre régénérescence dans l'Esprit-Saint, mais nous ne sommes pas revenus à la justice
originelle. Le foyer du péché demeure actif en nous.C'est dans la lutte, la souffrance, les tentations, que s'opère la victoire sur le Mal. Nous savons également que nous sommes fragiles et
capables de chutes. Le sacrement du pardon qui nous est donné et redonné tout au long de notre vie témoigne de cette fragilité. La renonciation au monde va donc accompagner toute notre vie, elle
est une conversion, une métanoïa continuelle. L'Esprit-Saint nous conduit au désert de l'adoration où se réalise la renonciation au monde, le monde du péché, de l'orgueil. Par l'adoration, l'ordre
le plus profond se rétablit dans notre coeur et dans nos appétits. Notre coeur rejoint sa Source, le Père, et lui remet tout. Dans l'adoration, rien n'est gardé pour nous. Toute notre vie retourne
spirituellement à Celui qui est notre Source. En adorant, notre corps lui-même est emporté par le mouvement de notre âme dans cette remise totale entre les mains du Père. Dans l'acte d'adoration,
notre corps emporte également avec lui toute la nature. Le Cosmos est assumé dans l'acte d'adoration par le corps humain. Toute la nature glorifie le Père en notre corps dans l'acte
d'adoration.
Nous y reviendrons...
Par Frédéric Tavernier Vellas
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Publié dans : La vie spirituelle
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