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Profil

  • : Frédéric Tavernier Vellas
  • Le Blog Théologie Orthodoxe par Frédéric Tavernier Vellas
  • : Homme
  • : 15/11/1959
  • : France Haute Garonne
  • : philosophie théologie orthodoxie musique byzantine
  • : Docteur en Philosophie, diplômé en musique byzantine(Athènes), Frédéric Tavernier Vellas est chanteur de l'Ensemble Organum, protopsalte de la paroisse orthodoxe roumaine de Toulouse et directeur artistique de l'association Egéo-Apmh
Dimanche 30 novembre 2008 7 30 /11 /2008 17:40

Aborder un sujet aussi délicat que celui du chemin qui conduit l'homme à l'union avec Dieu aurait de quoi nous effrayer. C'est pourtant le sens même de la mystique chrétienne : entrer en communion avec notre Dieu. Toute la tradition théologique de l'Orient orthodoxe converge vers ce mystère de la "theosis", ce mystère d'unité de l'homme et de Dieu réalisé par la grâce. C'est le coeur même de la vie chrétienne et nous ne pouvons y échapper.

Le Logos s'est fait chair pour que l'homme devienne dieu, disent les pères, pour qu'il participe pleinement à la Vie du trois fois Saint... Ainsi l'Incarnation du Logos et la divinisation de l'homme se répondent comme en écho dans la Sagesse divine. C'est le Christ qui est au centre de ce mystère. C'est pourquoi, nous pourrions désigner ce chemin par une seule phrase qui nous a été enseignée par Jésus : "Je suis le Chemin, la Vérité et la Vie" ! 

Jésus est le chemin, l'unique, qui conduit l'homme à la divinisation et nous ouvre le coeur du Père. "Nul ne va au Père que par moi." Cela, nous devrons le garder présent dans notre esprit tout au long de notre réflexion théologique.
Si l'homme est appelé à devenir dieu, ce n'est pas selon sa nature mais bien par grâce. Ainsi le mystère de la grâce est au coeur de cette déification. La divinisation n'apparaît donc pas comme une simple perfection qui viendrait compléter notre nature humaine, mais comme une nouvelle vie située à un niveau qui excède nos capacités naturelles. C'est la vie divine. Pour le chrétien, la vie divine est la finalité ultime de sa vie et elle peut passer par le sacrifice volontaire de bien des aspects de sa vie naturelle...
Toute confusion dans la théologie de la grâce nous conduirait à une vision erronée de la déification, de la communion et par conséquent du mystère d'unité avec Dieu qui doit se réaliser en nous.

La théosis est la fin vers laquelle nous tendons. Jésus en est à la fois le chemin et la porte. Cela signifie que recevoir, accueillir, Jésus, c'est entrer en communion avec la Très Sainte Trinité.
Toutefois, la route est longue sur la terre. Les occasions de nous détourner de notre finalité sont nombreuses, les errances et les illusions sont autant d'obstacles à la réalisation de notre destinée.

L'Eglise met à notre disposition des moyens pour accomplir ce chemin en évitant de nous perdre. L'Evangile nous invite à prendre la mesure de cette destinée éternelle qui nous est offerte. "La voix de la perdition est large et nombreux sont ceux qui s'y engagent."
Ces moyens qui nous sont offerts par l'Eglise sont des nourritures et des balises. Je me souviens d'un vieux moine ermite qui me disait : "la règle de vie monastique, c'est comme des rails pour lancer une fusée. Elle doit s'orienter dès le départ dans la bonne direction. Mais lorsque la fusée est lancée, elle trouve sa force et oriente sa conduite dans l'écoute et la fidélité à l'Esprit-Saint."
Ces moyens humains, ces rails, nous allons les regarder. Mais nous savons bien qu'aucun moyen humain n'est adéquat à la fin recherchée... Quel moyen humain, quel exercice, pourrait nous faire parvenir à la divinisation ? S'il s'agissait d'une simple qualification de nos qualités naturelles, le travail, l'application et la formation suffiraient... Mais la déification de l'être humain n'est pas dans le prolongement de nos qualités naturelles. Il y a une disparité complète entre les moyens qui sont à notre disposition et le but à atteindre. Ce but, disait saint Séraphim de Sarov, est l'acquisition de l'Esprit-Saint. Cette affirmation rejoint la parole de notre vieil ermite. Il nous faut vivre sous la conduite de l'Esprit-Saint.

Nous ne reviendrons jamais assez sur cette affirmation de saint Séraphim. Elle porte en elle-même toute "l'antinomie" du mystère de la grâce divine... Il s'agit d'acquérir le Saint Esprit... Or le Saint Esprit ne s'acquiert pas, comme on acquiert une vertu morale ou une connaissance humaine, ou encore un bien très précieux qui, bien que difficile à atteindre, resterait encore à notre portée. Acquérir le Saint Esprit, c'est entrer en synergie avec Lui, entrer dans un mystère d'unité de vie avec Lui, vie qui n'est plus simplement humaine. C'est entrer dans un mystère d'amour, de réciprocité d'amour, avec l'Esprit-Saint. 

Dans la persective de l'orthodoxie la grâce divine et la volonté humaine agissent de concert, elles entrent dans une action conjuguée, conjointe.  L'intention la plus profonde de notre coeur s'unit à la volonté divine dans une obéissance foncière aux mouvements intérieurs de l'Esprit en nous. La synergie implique la libre coopération de la volonté humaine avec le libre don de la grâce divine, les deux agissant l'une avec l'autre, l'une dans l'autre, dans un même agir "humano-divin".
Je me souviens de cette affirmation de mon ami le père Marie-Dominique Philippe qui disait que le mystère de la grâce chrétienne, ce n'est pas cinquante pour cent l'homme et cinquante pour cent Dieu... mais cent pour cent Dieu et cent pour cent l'homme ! C'est la coincidence de la volonté humaine et de la grâce du Tout Saint-Esprit qui réalise cette vie divine en nous. C'est également ainsi que Vladimir Lossky, dans son ouvrage essai sur la théologie mystique de l'Eglise d'Orient, au chapitre sur les voies de l'union, présente le mystère de la grâce dans une perspective mystique : "La grâce est une présence de Dieu en nous, dit-il, qui exige de notre part des efforts constants. Cependant ces efforts ne déterminent nullement la grâce, ni la grâce ne meut notre liberté comme une force qui lui serait étrangère"
  Quels sont les moyens qui nous sont offerts par l'Eglise ? Nous pourrions les résumer à travers ce que l'Eglise nous transmet de plus essentiel : le Kérygme évangélique, la prière liturgique, la prière du coeur, la participation au mystère de l'Eucharistie, les commandements du Christ, et la vie selon les béatitudes...
A cela, la Tradition ajoute des conseils concernant le développement de notre vie spirituelle comme le jeûne, les veilles, l'aumône etc. conseils qui devront être interprétés en fonction de chacun, de son âge, de sa santé, de son état de vie, de ses responsabilités, de sa richesse etc.

Nous sentons bien la différence entre les moyens essentiels et ceux qui ont un caractère plus ascétique, ceux-ci gardent un caractère de disposition.
Tout d'abord, considérons l'importance du Kérygme évangélique : l'enseignement divin de Jésus transmis par la Tradition. Nous avons là une nourriture essentielle. Jésus, comme envoyé du Père, nous communique la Sagesse de Dieu. Celle-ci nous est révélée par Jésus, par Celui qui vient d'en Haut, Celui qui a vu le Père.
Le Christ connaît le Père et c'est pourquoi Il peut nous le faire connaître. Celui qui est de la terre, parle un langage terrestre. Celui qui vient d'en Haut, parle le langage du Ciel.

L'enseignement de Jésus est céleste, un enseignement dont la Source est divine, un enseignement qui, si nous le recevons, nous conduit à venir nous désaltérer à cette Source divine. Recevoir le Kérygme évangélique, transmit par la Tradition la plus profonde de l'Eglise, nous conduit à élever notre esprit limité vers les réalités d'en-Haut, vers les trésors de la Sagesse et de la science divine. La lecture contemplative de l'Ecriture Sainte (garder les évangiles et les méditer dans notre coeur) est une nourriture essentielle.

Ce qui nous revient c'est d'accueillir cet enseignement sans y ajouter ou retrancher quoi que ce soit. Nous n'avons pas le droit de diminuer la vérité reçue du Christ. La Tradition prend ici tout son sens : elle est gardienne de ce Kérygme et elle le transmet tout en préservant sa plénitude. A la différence du fondamentalisme ou de l'intégrisme religieux, cette réception de la Vérité divine se réalise de manière vitale, ne s'attachant pas à la lettre mais à l'esprit. L'Esprit-Saint qui repose en le Verbe habite ainsi en nous et nous conduit à l'Amour du Père. 

C'est de cette manière que la Théotokos a gardé et conservé toutes ces choses, les méditant dans son coeur. Elle n'a pas mis d'obstacle dans la réception de cette révélation. Elle ne s'est pas faite la mesure de cet enseignement. Elle l'a reçu en plénitude, même si la compréhension de ce qu'elle entendait ou gardait dans son coeur pouvait lui échapper.

Dans le récit de la nativité, nous voyons que Joseph et Marie ne comprenaient pas pleinement tout ce qu'on leur disait sur Jésus. Lorsque nous avons un grand ami, nous savons que ce qu'il est, ce qu'il porte au dedans de lui, nous dépasse. Nous l'aimons, nous le gardons dans notre coeur, au delà de la connaissance ou de la compréhension que nous avons de lui. Nous le gardons dans l'amour, dans notre coeur... et bien des aspects de sa personne ne s'éclaireront pour nous qu'avec le temps... Nous ne sommes pas la mesure de la Parole de Dieu. Nous poursuivrons cette réflexion dans de prochains articles, pour ne pas trop prolonger celui-ci...

Par Frédéric Tavernier Vellas - Publié dans : theologie orthodoxe
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