Théologie Orthodoxe
Ορθόδοξη Θεολογία
Frédéric Tavernier Vellas
| Juillet 2009 | ||||||||||
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Saint Jean le Théologien nous rapporte, dans la suite de son évangile, une nouvelle apparition du Christ sur le bord de la mer de
Tybériade. Pierre, accompagné par quelques disciples, décide de partir à la pêche. Jacques, Jean, Thomas (Didyme), Nathanaël et deux autres disciples (dont Jean ne nous donne pas les noms) sont
avec lui. Ils passent la nuit dans la barque mais leur pêche est infructueuse. Ils ne trouvent pas le moindre poisson.
Alors que se lève le jour, Jésus se tient sur le bord du rivage. Il les interpelle : "les enfants, n'auriez-vous pas quelque chose à manger ?" Il sait très bien qu'ils n'ont rien pris ! Mais Il
sait également, Lui, ce qu'Il va faire. Eux l'ignorent et ils ne le reconnaissent pas.
Il leur dit : "Jetez le filet du côté droit de la barque et vous trouverez". Pour quelle raison obéissent-ils ? Ont-ils pressenti que cet homme pourrait être Jésus ? Accomplissent-t-ils ce geste
en se disant qu'ils n'ont plus rien à perdre en essayant de suivre ce conseil puisque, de toutes façons ils sont bredouilles ? Avec quelle autorité dans la voix Jésus leur a-t-il donné ce conseil
pour les persuader de jeter le filet à droite de la barque ? De fait, ils ont jeté le filet et les poissons qu'ils prennent sont si nombreux qu'ils peinent à ramener le filet dans la
barque.
Bien souvent nous sommes, nous aussi, comme les disciples. Nous peinons pour réaliser quelque chose et notre labeur nous semble stérile. Nous prenons de la peine
mais nous récoltons peu ou pas de fruits... Nous pourrions céder au découragement. Nous demander si tout cela en vaut bien la peine. Pourtant, il fallait que les disciples peinent toute la nuit
pour que le Christ couronne leurs efforts par cette nouvelle pêche miraculeuse. Jésus n'aime pas la paresse. Il ne nous propose jamais la voie facile, mais il ne nous abandonne pas et nous offre
au contraire une nouvelle fécondité, une fécondité divine, qui surpasse la fécondité humaine, la fécondité naturelle. Il transforme nos oeuvres humaines en des oeuvres divines. Il y aurait
beaucoup à réfléchir là-dessus !
Lorsque saint Jean, le premier, comprend le signe qui vient de se produire, il est bouleversé. Il comprend Qui est cet Inconnu. Il dit à Pierre qui est encore plongé dans l'étonnement et ne sait
ce qui lui arrive : "C'est le Seigneur !"
C'est étonnant de voir à quel point les passions sensibles peuvent, si elles sont trop intenses ou désordonnées, nous empêcher de discerner la présence du Christ. Pierre entend la parole de Jean
et va sortir de sa perplexité. Sa réaction est bouleversante : "Lorsqu'il entend que c'est le Seigneur, il ceint sa blouse (puisqu'il était nu sur la barque) et se jette à l'eau". Voyez-vous,
normalement on fait l'inverse ! On enlève ses vêtements pour se baigner et on s'habille pour retourner au sec ! Mais il y a là cette pudeur de Pierre qui, par respect pour son Seigneur, ne peut
se présenter devant lui dévêtu. C'est également la générosité de Pierre qui ne peut perdre un seul instant avant de rejoindre Jésus. Les autres disciples arriveront en barque, un peu plus
tard.
Jésus, Lui, va allumer un feu sur le rivage et leur demande d'apporter du poisson. Les disciples voient que Jésus a apporté du pain... Toutefois, il faut relever ce que saint Jean nous dit.
Les disciples n'osent pas l'interroger en lui demandant : "Qui es-tu ?" C'est par un signe qu'ils l'ont reconnu et non par une reconnaissance physique ! Jésus donc leur distribue le pain et les
poissons. Saint Jean le Théologien nous précise qu'il s'agit là de la troisième apparition de Jésus aux apôtres après sa résurrection d'entre les morts.
Le terme de l'évangile de Jean est consacré à la relation de Jésus et de Pierre, à la relation de Jésus et de Jean. Il y a ce dialogue si particulier et émouvant entre Jésus et Pierre. Pierre a
retrouvé Jésus, mais son triple reniement n'est pas loin et il a provoqué en Pierre une blessure terrible. La présence si proche et intime de Jésus réveille cette blessure et Jésus le sait.
Lorsque nous portons le souvenir d'une faute à l'égard d'un être cher, son souvenir ne peut s'effacer si facilement. Lorsque cette personne est présente la blessure se fait plus proche
rappelée par une mémoire plus vive. Pierre porte encore la souffrance de son manque de courage, de son manque d'amour à l'égard de Celui qu'il aimait le plus au monde, son Maître et son
Seigneur. jésus va aller le chercher au coeur même de cette souffrance. Il va réveiller en lui cette certitude que c'est bien Jésus que Pierre aime le plus au monde ! Jésus n'y va pas par quatre
chemins : "Simon, fils de Jean, m'aimes-tu plus que ceux-ci ?" Pierre est heureux de pouvoir dire à Jésus sa préférence absolue pour Lui. "Oui Seigneur, Tu sais, toi, mon amour pour Toi" (Ce
qui signifie, tu connais le fond le plus intime de mon coeur, Tu sais que mon coeur t'appartient). Jésus, alors l'invite à se tourner vers ses frères avec l'amour même de Jésus,
comme Bon Pasteur, pour eux : "Pais mes agneaux" Puis, Jésus l'interroge à nouveau, une deuxième fois : "Simon, fils de Jean, m'aimes-tu ?" Pierre, de nouveau répondra ainsi :
"Seigneur, Tu sais mon affection pour Toi" et de nouveau Jésus lui confie cette charge d'être le berger de son troupeau. Jésus lui redemande une troisième fois : "Simon, fils de Jean m'aimes-tu
?". A ce moment-là, Pierre est envahi de tristesse et il entend ce chant du Coq qui a conclu son triple reniement. Jésus lui a fait accomplir cette "pénitence" si particulière pour lui
confier la charge de Pasteur des brebis. Il fallait que Pierre passe par cette restauration dans la triple confession de son amour de prédilection pour son Seigneur afin que Jésus puisse lui
confier la charge qu'Il désirait lui offrir. L'exercice de l'autorité dans l'Eglise réclame de vivre dans cette consécration du coeur, dans cette appartenance absolue au Christ qui puisse
permettre à celui qui exerce l'autorité du Christ sur ses frères de l'accomplir dans une pleine liberté intérieure, une liberté évangélique et dans un seul but : faire paître le troupeau, lui
donner à manger la nourriture du Christ : la Parole de Dieu, la Volonté du Père et l'Eucharistie. L'autorité ne peut être vécue que dans une très grande pauvreté et liberté intérieure, dans une
grande joie également et une attention pleine d'amour aux brebis du Christ.
Pierre saisit également les limites de son autorité. Le Christ en lui confiant ses brebis n'abdique pas sa propre autorité. Pierre se retourne et regarde saint Jean le Théologien. Il interroge
Jésus : "Seigneur, et lui..." Jésus va répondre de cette manière si énigmatique : "Si je veux qu'il demeure jusqu'à ma venue... en quoi cela te concerne-t-il ? Toi,
suis-moi"... Jean nous dit que Jésus n'a pas voulu dire que Jean ne mourrai pas... mais : "Si je veux qu'il demeure jusqu'à ce que je vienne..."
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