:
Docteur en Philosophie, diplômé en musique byzantine(Athènes), Frédéric Tavernier Vellas est chanteur de l'Ensemble Organum, protopsalte de la paroisse orthodoxe roumaine de Toulouse et directeur artistique de l'association Egéo-Apmh
Nous avons vu qu'au matin de la Résurrection, Jésus apparaît en premier lieu aux saintes femmes. Les jours qui suivirent ce grand matin de
Pâques vont être riches en manifestations du Sauveur pour les disciples, les préparant à ce grand moment où Jésus s'élèvera dans sa gloire pour accomplir son retour définitif auprès du Père. Saint
Jean le Théologien attire notre attention sur une apparition de Jésus aux disciples rassemblés, alors que toutes les portes du lieu où ils se trouvaient étaient fermées. Les disciples ont ainsi
commencé à se rassembler de nouveau après la dispersion provoquée par les évènements qui se sont produits. Mais ils ont peur et cherchent à se protéger d'une éventuelle poursuite des autorités
religieuses.
C'est alors que Jésus leur apparaît et les salue de cette manière : "la paix soit avec vous". Afin qu'ils ne doutent pas que c'est bien Lui qui se tient devant eux, Jésus commence par leur montrer
ses plaies glorieuses : ses mains et la blessure du coeur. Cette apparition est pour les conforter, pour les ouvrir à nouveau à la mission que Jésus leur a confiée. "Personne n'allume une lampe
pour la mettre dans une cachette ou sous le boisseau, mais au contraire il convient de la mettre sur le lampadaire pour que ceux qui pénètrent dans la maison voient la lumière" avait dit Jésus à
ses disciples pendant sa vie publique (Lc 11, 33) Ils ne convient donc pas que les apôtres soient paralysés par la peur et qu'ils continuent à se cacher. Ils doivent porter au monde la lumière
de la Résurrection.
Jésus leur dit donc à nouveau : "la paix soit avec vous ! Comme le Père m'a envoyé, moi aussi je vous envoie en mission" et ayant dit cela, Il souffla sur eux en disant : "Recevez l'Esprit-saint".
Il s'agit d'une pentecôte très intime, un don de l'Esprit-Saint pour que les disciples puissent dépasser leurs peurs et s'ouvrir à nouveau à la vie publique. Puis Jésus leur fait comprendre le sens
de cette mission qu'il leur confie : "ceux à qui vous remettrez les péchés, ils leur seront remis ; ceux à qui vous les retiendrez, ils seront retenus". Pensez à la responsabilité que les disciples
reçoivent à ce moment-là ! Remettre les péchés est le propre de Dieu, pardonner les péchés est le propre du Christ, vrai Dieu et vrai homme ! La mission des disciples apparaît dès cet instant comme
celle-là même qui est propre au Christ. Elle s'incrit dans cette économie de la miséricorde. Les disciples sont envoyés dans le monde pour être les instruments de la miséricorde de Jésus. Ils sont
témoins et instruments de la Miséricorde divine du Sauveur. "Je ne suis pas venu pour condamner le monde mais pour que le monde soit sauvé". L'abîme de notre misère attire l'Abîme de Sa
miséricorde. Pour que cette Miséricorde puisse atteindre les hommes, de tous les lieux, de tous les temps, Jésus envoie ses disciples en mission dans le monde en les revêtant de
l'Esprit-Saint.
Lors de cette apparition, un disciple était absent. C'était Thomas, qu'on appelait Didyme (ce qui signifie jumeau). Lorsque les autres apôtres lui racontent qu'ils ont vu Jésus, il se
renfrogne. (Jésus n'aurait-il pas pu choisir un autre moment pour apparaître, un moment où lui Thomas aurait été présent avec les autres apôtres ?) Il est certainement un peu vexé d'avoir
manqué ce rendez-vous surprise ! C'est pourquoi sa mauvaise humeur va l'empêcher de croire !
"Si je ne vois pas dans ses mains la trace des clous, si je n'entre pas mon doigt dans la trace des clous, si je n'entre pas ma main dans son côté, non je ne croirai pas !"
Nous pourrions penser que Thomas met Jésus à l'épreuve. Jésus ne s'en offusquera pas, au contraire il le prendra au mot dans sa miséricorde. Mais Thomas va rester huit jours dans sa mauvaise
humeur, car ce n'est qu'une semaine plus tard que Jésus va apparaître de nouveau ! ce jour-là, Thomas est avec les autres. Jésus apparaît à nouveau alors que les disciples n'ont toujours pas ouvert
les portes ! Il salue les apôtres et leur dit : "la paix soit avec vous". Puis il s'adresse directement à Thomas et l'invite à réaliser la condition qu'il a posée lui-même en échange de sa foi :
"Porte ton doigt ici et vois mes mains, porte ta main et entre dans mon côté. Cesse d'être incrédule et sois croyant !" Thomas est évidemment totalement désarçonné. Dès que nous approchons de
Jésus, tous nos raisonnements humains, nos drames psychologiques s'anéantissent. Lorsque nous approchons des hommes saints, beaucoup de nos questions ou de nos problèmes nous apparaissent soudains
comme ce qu'ils sont vraiment... de la fumée ! Et ils s'évanouissent ! Alors si c'est le Saint Lui-même qui vient à nous : quelle libération.
Thomas va littéralement s'effondrer de joie au pieds du Christ et se prosternant, il l'adore en disant : "Mon Seigneur et mon Dieu". Voyez-vous ce tremblement mystérieux qui s'empare de son âme
dans cette expérience de Jésus ressuscité ? Comprenons-nous ce plongeon dans l'adoration de Thomas face à Jésus ressuscité ? Ne l'oublions jamais même lorsque notre coeur est désertique et sec.
N'oublions jamais l'adoration du Christ, c'est l'attitude qui convient en face de notre Seigneur et notre Dieu. Si notre adoration est vraie, il nous relèvera pour nous prendre dans ses bras, car
Il veut que nous soyons des amis. mais si nous oublions l'adoration, il est à craindre que cette amitié ne se transforme en illusion. Jésus dira alors à Thomas une parole qui devrait nous consoler
: "Parce que tu m'as vu, tu crois ! Heureux ceux qui n'ont pas vu et qui ont cru !" Nous voyons ici une nouvelle béatitude que Jésus enseigne à ses disciples, la béatitude de la Foi. Souvent, nous
disons que la Foi est une grâce et c'est vrai mais cette grâce nous est donnée et comme toutes les grâces divines, elle réclame notre libre coopération, notre synergie. Ainsi nous croyons parce que
nous avons reçu cette grâce de la Foi, et nous croyons parce que nous voulons croire. Et cette antinomie apparente et le propre de la grâce. La grâce vient de Dieu et nous est donnée gratuitement,
la grâce réclame notre libre consentement et notre coopération pour porter tous ses fruits.
Derniers Commentaires