Théologie Orthodoxe
Ορθόδοξη Θεολογία
Frédéric Tavernier Vellas
| Juillet 2009 | ||||||||||
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Que s'est-il passé à l'aube de ce jour qui allait devenir le Jour du Seigneur (Kyriaki en grec) ? Que s'est-il passé à cet instant où la pierre du sépulcre de Jésus s'est ouverte en signe
de sa Victoire sur la mort ? Quelle frayeur pour ceux qui gardaient son tombeau de crainte que les disciples ne viennent l'enlever la nuit car n'avait-il pas dit Lui-même que le troisième jour Il
ressusciterait ?
Il ne fallait surtout pas que les disciples du Christ puissent proclamer l'accomplissement de ce qu'Il avait annoncé ! Mais la terre n'a pu retenir en son sein Celui qui demeure éternellement
dans le Sein du Père. Le pouvoir concédé aux hommes sur Jésus pendant sa vie terrestre a définitivement pris fin ce matin-là.
Alors que se lève le jour, Marie la Magdaléenne et l'autre Marie viennent au tombeau. Nous savons par l'évangile de saint Luc que les saintes femmes, après avoir accompagné Joseph d'Arimathie et
Nicodème pour la mise au tombeau, s'en sont retournées pour préparer arômates et parfums. Elles ont attendu que se passe le jour du Sabbat puis le lendemain, à l'aurore, elles se rendent au
sépulcre. Elles n'étaient pas satisfaites de la manière dont s'était déroulée cette ultime liturgie... Pour elles, il fallait recommencer l'embaumement du Corps du Christ. Tout avait été trop
rapide. Les femmes ont bien souvent un sens liturgique plus affiné que les hommes ! Peut-être parce que leurs gestes liturgiques sont imprégnés, le plus souvent, par un plus grand amour.
Voici donc que lorsqu'elles arrivent, ne sachant pas encore comment elles pourraient ouvrir la pierre qui avait été scellée par les juifs, se produit soudain une sorte de séisme. Tout est
bouleversé car un ange descend du Ciel, roule la pierre et s'assoit dessus nous dit saint Matthieu. L'Apolytikion de la Résurrection du premier mode que nous chantons durant les grandes vêpres de
la Résurrection l'exprime avec exultation :
"Malgré la pierre qui avait été scellée par les Juifs et les soldats qui gardaient ton corps immaculé, ô Sauveur, Tu es ressuscité le troisième jour en donnant la vie au monde. C'est pourquoi les
puissances des cieux te crient : Source de Vie, ô Christ, gloire à ta résurrection, gloire à ton règne,gloire à ta Providence bienveillante, unique ami des hommes."
Les gardes sont saisis de crainte et s'enfuient pour dire à ceux qui les ont mandatés ce qui vient de se produire. Ceux-ci s'enfonceront encore davantage dans le mensonge. Voyez-vous,
ils connaissaient déjà la résurrection de Lazare, ils apprennent ce matin-là la résurrection de Jésus et ils ne se convertissent toujours pas ! Mais, au contraire, ils payent les gardes pour
qu'ils racontent à Jérusalem une toute autre version des faits qui se sont produits, une version falsifiée et mensongère... Ils auraient dû déchirer leurs vêtements, reconnaître qu'ils avaient
livré Jésus à Pilate par jalousie, mais ils ne peuvent revenir en arrière. Cette jalousie les domine de manière tyrannique. Ils ne peuvent pas croire et se convertir.
L'Ange s'adresse alors aux femmes : "Pour vous, ne craignez pas, je sais que vous êtes à la recherche de Jésus qui a été crucifié. Il n'est plus ici, mais Il s'est réveillé comme Il l'avait
annoncé. Venez et regardez le lieu où on l'avait déposé. Puis allez dire à ses disciples qu'Il s'est relevé d'entre les morts et qu'Il les précède en Galilée" (Mt. 28)
Saint Jean le Théologien nous fait découvrir la rencontre de Jésus et de Marie de Magdala dans le jardin près du sépulcre. Elle vient de dialoguer avec les anges, mais ceux-ci ne sont pas
parvenus à la faire sortir de l'immense douleur dans laquelle elle est plongée. Elle regarde Jésus, mais ne le reconnaît pas... Elle pense qu'il s'agit du jardinier. Ses yeux sont pleins de
larmes. Dis-moi où tu l'as mis que j'aille le prendre. Sait-elle encore ce qu'elle dit, ce qu'elle voit ? Elle a vécu cette séparation avec Jésus comme un évènement qui l'anéantit totalement. Il
faudra que Jésus l'appelle par son nom : "Marie", pour qu'elle sorte de sa torpeur et que son coeur envahi par tant de tristesse s'éveille à nouveau : "Rabbouni" lui répond-elle et dans un élan,
elle s'élance vers Lui pour le retenir et ne pas le perdre à nouveau.
La tradition icônographique orthodoxe donnera à cette scène de l'évangile une intensité très particulière : l'icône "Mi mou aptou" (ne me touche pas) est une icône merveilleuse qui exprime cette
rencontre avec Jésus ressuscité et qui nous fait comprendre comment nous devons vivre avec Jésus cette nouvelle relation sous le souffle de l'Esprit Saint, sans chercher à le retenir sensiblement
mais en vivant avec Lui ce retour au Père qu'Il accomplit pour nous. Jésus tourne le regard intérieur de Marie de Magdala vers le Père.
Mais revenons un peu sur ce mystère de la résurrection. Comprenons que le cadavre de Jésus, déposé dans le tombeau, était un cadavre divin, un cadavre immaculé. Comprenons que l'âme humaine de
Jésus était l'âme humaine du Fils de Dieu. Comprenons que la mort qui a opéré la séparation de l'âme et du corps du Sauveur a séparé une âme et un corps qui subsitaient indivisiblement dans la
Personne même du Verbe de Dieu. Le cadavre du Christ subsiste dans la Personne du Verbe, l'âme du Christ subsiste dans la Personne du Verbe ! Si le Christ vrai homme connaît la mort, celle-ci ne
peut atteindre son Hypostase divine, incorruptible. "J'ai le pouvoir de donner ma vie et le pouvoir de la reprendre avait dit Jésus", seul le Logos Divin a un tel pouvoir sur la vie et sur la
mort. La Résurrection est l'oeuvre de la Très Sainte Trinité opérée par le Logos de Dieu Lui-même qui nous a enseigné, avant sa mort qu'Il est la Résurrection. Mais, la réunion du corps et de
l'âme de Jésus dans la Résurrection lui donne un nouveau mode d'existence. Jésus désormais n'est plus limité par le lieu et par le temps et s'il peut encore "manger" et si les plaies de sa
passion sont encore "visibles", il a définitivement vaincu le monde et son humanité sainte n'appartient plus à ce monde en devenir, n'est plus conditionnée par lui.
Vivre du mystère de la Résurrection est l'immense joie de l'Eglise et des Chrétiens. C'est pourquoi saint Paul disait que si le Christ n'était pas ressuscité nous serions les plus malheureux des
hommes ! La Résurrection est la cause de notre joie et du dynamisme de notre foi. Appuyés sur cette certitude nous pouvons accomplir les oeuvres de la Foi, car plus rien ne peut arrêter notre
espérance. Le monde d'aujourd'hui a besoin de retrouver cette Foi en la Résurrection.
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