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Profil

  • : Frédéric Tavernier Vellas
  • theologieorthodoxe
  • : Homme
  • : 15/11/1959
  • : France Haute Garonne
  • : philosophie théologie orthodoxie musique byzantine
  • : Docteur en Philosophie, diplômé en musique byzantine(Athènes), Frédéric Tavernier Vellas est chanteur de l'Ensemble Organum, protopsalte de la paroisse orthodoxe roumaine de Toulouse et directeur artistique de l'association Egéo-Apmh
Mardi 22 juillet 2008
Pilate a livré Jésus pour être crucifié. Commence le long chemin de croix. Jésus, chargé du bois du supplice, s'avance vers le lieu dit du Crâne, ce lieu qui, en hébreux, se dit Golgotha.
Saint Jean le Théologien reste très sobre dans son récit, alors que les autres évangélistes donneront davantage de détails sur ce parcours dont nous ne pouvons imaginer la pénibilité. La croix est si lourde, et Jésus tellement épuisé, qu'il faudra faire appel à un certain Simon de Cyrène pour aider Jésus à grimper avec son fardeau jusqu'au lieu où Il doit être mis en croix avec deux brigands, l'un à sa droite et l'autre à sa gauche.
Luc nous révèle aussi la présence de femmes qui l'accompagnaient et pleuraient et se lamentaient sur Lui. Jésus s'adresse à elles avec ces paroles énigmatiques : "Filles de Jérusalem, ne pleurez pas sur moi. Pleurez plutôt sur vous-mêmes et sur votre progéniture. Voici venir des jours où l'on s'écriera : bienheureuses les femmes stériles, les ventres qui n'ont pas engendré et les seins qui n'ont pas allaité." Quelle terrible béatitude !
Puis, Jésus poursuit avec ces paroles prophétiques : "Alors on commencera à dire aux montagnes : tombez sur nous ! et aux collines : cachez nous... Parce que si l'on traite ainsi le bois vert, qu'en adviendra-t-il du sec ?" (Lc 23, 26-32)
Il ne s'agit pas de croire que Jésus fasse ici l'apologie de la stérilité ou bien encore qu'il maudisse la fécondité ! Jésus est Amour et ses paroles ne sont mûes que par sa compassion infinie envers notre pauvre humanité. Pourquoi donc Jésus prononce-t-il en cet instant de si douloureuses et terribles paroles ? Pourquoi, alors qu'Il est en train d'opérer le salut de l'homme, semble-t-il n'exprimer qu'une vision d'apocalypse et de terreur ?
Jésus voit venir le temps où l'humanité s'enfoncera de plus en plus profondément dans le péché, dans la violence, les guerres, le mensonge, le matérialisme qui, en épuisant les ressources de la terre, la rendra de plus en plus inhospitalière, un temps où les hommes préfèreront les idéologies à la Sagesse, les mythes les plus invraisemblables à la recherche de la vérité.
Il voit toutes les souffrances auxquelles les enfants des femmes seront condamnés. Il voit la douleur des futures mères, impuissantes à soulager la détresse et la souffrance terrible de leurs enfants. Y-a-t-il plus grande douleur que de voir son enfant souffrir ? N'est-ce pas ce que vit en cet instant la Mère de Dieu qui accompagne son enfant au lieu sordide de son sacrifice ? Nous avons dans notre histoire récente des périodes où les idéologies en Europe et sur toute la planète ont conduit à des atrocités dont nous préfèrerions qu'elles n'aient jamais existé ! Combien de mères auraient alors voulu épargner leurs enfants ?
Jésus voudrait nous éviter toutes ces souffrances, mais il voit ce qui va advenir : "si l'on traite ainsi le bois vert, qu'en adviendra-t-il du sec ?"
Le comportement des hommes, s'ils rejettent la Vérité, deviendra inéluctablement la source d'un monde profondément inhumain, un monde dur et implacable, un monde où l'efficacité et la volonté de puissance vont imposer un mode de vie étouffant et une culture mortifère, un monde où la puissance de l'Argent s'imposera de manière tyrannique et absolue : "Nul ne pourra plus ni acheter, ni vendre, s'il ne porte pas la marque de la bête" dira saint Jean le Théologien dans son Apocalypse.
Le mystère de la Croix réalise le salut mais il n'ôte pas la liberté des hommes. Ceux-ci devront choisir, en face de la Vérité crucifiée, le chemin qu'ils veulent parcourir. Entrer dans l'Economie de la grâce et s'ouvrir au chemin de la miséricorde et de la conversion ou bien se durcir davantage en rejetant la main tendue par leur Créateur et Père, comme le démon qui s'est fermé à tout jamais à la Vie divine en s'exaltant lui-même dans son intelligence orgueilleuse et métallique.
La Croix de Jésus nous appelle à entrer dans le chemin de la Vérité.
Cette Vérité réclame la reconnaissance et l'aveu de nos péchés. Saint Jean le Théologien a exprimé cette nécessité vitale pour nous dans sa première épître : "Celui qui prétend n'avoir pas de péché fait de Dieu un menteur".
Le mystère de la Croix serait un mensonge si l'homme n'avait pas besoin de rédemption. Si nous sommes sans péché, la Croix du Fils est une illusion et un mensonge. Si nous n'avons pas besoin de Sauveur, Jésus le Fils de Dieu est un menteur. En mourant sur la Croix pour nous, Jésus porte nos péchés et les révèle en même temps. Ceux qui reconnaissent leurs péchés se précipitent dans ses bras en implorant son secours comme le lépreux de l'évangile : "Si tu le veux, Seigneur, tu peux me purifier". Jésus, du haut de la Croix, nous répond : "Je le veux, sois purifié". La tradition de la prière du coeur dans la tradition mystique de l'Eglise Orthodoxe nous met face à cette réalité impérative : "Seigneur Jésus-Christ, Fils du Dieu Vivant, aie pitié de moi, pécheur". Mais si nous n'acceptons pas de reconnaître nos péchés, nous disons : "montagnes tombez sur nous, collines cachez-nous" car alors, il n'y a plus d'espérance.
Saint Jean le Théologien nous révèle également un évènement qui l'a profondément marqué. N'oublions pas que, dans la déroute des disciples, Jean est le seul témoin oculaire des Saintes Passions du Christ. N'est-ce pas terrible de penser que les apôtres ont manqué ce rendez-vous, ils n'étaient pas auprès du Seigneur lorsque Celui-ci est mort sur la Croix. Tous ont été dispersés, terrorisés par ce qui venait de se produire. Seul saint Jean le Théologien sera présent, avec les saintes femmes, auprès de Jésus, bien en vue, au pied de la Croix.
Saint Jean nous fait le récit du partage des vêtements de Jésus, le tirage au sort de sa tunique sans couture... C'est ce qui revient aux soldats, à ceux qui ont fait la besogne, leur butin. Ils partagent entre eux les vêtements de Jésus ; mais il y a cette tunique, cette robe sacerdotale sans couture. Elle sera tirée au sort. Saint Jean, comme Théologien, y voit avant tout la réalisation de la prophétie. Les Pères de l'Eglise verront dans cette tunique une icône du mystère de l'unité de l'Eglise. Une bien belle icône ! Mais la tunique part dans les mains d'un simple soldat, elle est tirée au sort...
Nous poursuivrons, dans notre prochain chapitre, cet approfondissement du mystère de la Croix à travers ces deux grands enseignements de saint Jean le Théologien sur le don de Marie, la Mère de Dieu, à Jean et sur le coup de lance.
Par Frédéric Tavernier Vellas - Publié dans : Centuries sur la Théologie Mystique
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