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Profil

  • : Frédéric Tavernier Vellas
  • theologieorthodoxe
  • : Homme
  • : 15/11/1959
  • : France Haute Garonne
  • : philosophie théologie orthodoxie musique byzantine
  • : Docteur en Philosophie, diplômé en musique byzantine(Athènes), Frédéric Tavernier Vellas est chanteur de l'Ensemble Organum, protopsalte de la paroisse orthodoxe roumaine de Toulouse et directeur artistique de l'association Egéo-Apmh
Vendredi 11 juillet 2008

Jésus est emmené de chez Caïphe au prétoire, le matin, pour être présenté à Pilate. Le face à face de Jésus et de Pilate va s'orienter vers une question dont l'actualité n'a fait que se renforcer aujourd'hui : "Qu'est-ce que la vérité ?"
Cette question, nous ne pouvons pas l'éluder car Jésus nous a fait cette promesse : "la vérité vous rendra libre", et qui d'entre nous n'aspire pas à cette liberté des enfants de Dieu ? Mais lorsqu'il s'agit de la vérité, il ne faut pas nous égarer et nous verrons que cette question, qui a préoccupé les plus grands philosophes (les philosophes grecs notamment), est aujourd'hui terriblement embrouillée. 
Mais revenons pour le moment à la rencontre de Jésus et de Pilate.
Lorsque Jésus arrive au prétoire, conduit par les grands prêtres, Pilate vient à leur rencontre. Il sait sans doute que les grands prêtres n'entreront pas dans le prétoire pour ne pas se souiller et pouvoir ainsi participer au repas de la pâque.
Il les interroge ainsi : "Quelles accusations portez-vous contre cet homme ?" La réponse des grands prêtres est laconique et évasive : "si cet homme n'était pas un malfrat nous ne te l'aurions pas livré".
Pilate attend une réponse claire, une explication qui lui permette de former son jugement sur Jésus. Il n'obtient pas la réponse qu'il désire. C'est pour cette raison qu'il rejette, dans un premier temps, la requête des accusateurs de Jésus : "Prenez-le, vous, et jugez-le selon votre Loi" leur dira-t-il. Il espère sans doute ainsi se débarrasser d'une sale histoire à laquelle il voudrait bien ne pas être mêlé. Sa femme, nous raconte saint Matthieu dans son évangile, le mettra même en garde : "Qu'il n'y ait rien entre toi et ce juste car j'ai beaucoup souffert, aujourd'hui, en rêve, à cause de Lui".

Pilate est convaincu que la vérité est que le Christ est innocent et qu'il n'y a rien en lui qui justifie la peine que les grands prêtres réclament qu'il exécute contre Lui.

Comme nous allons le voir Pilate va entrer de plus en plus profondément en conflit avec lui-même car il ne parviendra pas à faire accepter à la foule son jugement favorable sur Jésus et il va agir contre sa conscience.
Nous avons là un aspect très important de la vérité pratique : agir selon sa conscience (éclairée si possible !), c'est à dire selon le jugement prudentiel de notre intelligence, nous libère du conflit intérieur engendré par le mensonge ou la lâcheté. Pilate, n'aura pas ce courage jusqu'au bout. Il faut avouer que ceux qui sont en face de lui sont extrêmement déterminés à aller, eux, jusqu'au bout. Ils tiennent enfin Jésus !
Pilate interrogera Jésus : "Tu es le Roi des juifs ?" La réponse de Jésus le remet immédiatement dans une recherche de vérité : "dis-tu cela de toi-même, ou bien parce que d'autres l'ont dit de moi ?" Cette question de Jésus nous rappelle l'interrogation qu'Il a posée aux disciples et qui provoquera la confession de foi de Pierre : "Qu'est-ce que les hommes disent de moi ?" Les réponses seront diverses. Certains pensent qu'Il est un prophète, d'autre qu'Il est Elie qui doit revenir... mais Pierre, dépassant les opinions des autres formulera son propre jugement commandé par la foi en Jésus : "Tu es le Messie, le Fils du Dieu Vivant" La foi est un jugement personnel, elle apporte une conviction qui ne provient pas des opinions des autres mais, comme le lui révèlera Jésus, elle provient d'un enseignement intime, de l'enseignement du Père Lui-même.
Jésus n'a-t-il pas dit à Pierre : "Bienheureux es-tu Pierre, car ce ne sont pas la chair et le sang qui t'ont enseigné cela, mais c'est mon Père" ? C'est parce que la foi est l'enseignement du Père qu'il n'y a pas d'opposition entre le jugement personnel du croyant et l'enseignement public de l'Eglise car le Père est la source unique de la lumière de la vérité pour tous et pour chacun.
Il n'y a là aucun relativisme, aucune place laissée aux opinions malsaines de ceux qui pervertissent la doctrine du Père en en faisant une opinion fabriquée, une illusion.
"Ma doctrine n'est pas de moi, dira Jésus, mais du Père qui m'a envoyé" et dans la prière sacerdotale n'a-t-il pas dit : "Consacre-les dans la Vérité, ta Parole est Vérité" ?
Jésus donc, répondant à cette question de Pilate sur sa royauté, lui dira : "Tu le dis, je suis Roi. Moi, c'est pour cette fin que je suis né, je suis venu dans le monde pour rendre témoignage à la Vérité. Qui appartient à la Vérité entend ma voix". Pilate est comme dépassé par cet enseignement du Christ. Il connaît vraisemblablement la sagesse des grecs, il est un homme cultivé... il répondra simplement : "qu'est-ce que la vérité ?" Pour Pilate, comme pour beaucoup d'entre nous, aujourd'hui, la vérité est un problème philosophique, une aporie au sujet de laquelle circulent de nombreuses opinions souvent contradictoires. Le sujet est trop complexe pour être débattu au cours d'un jugement. Pilate abandonne.
Mais pour nous, qu'est-ce que la vérité ? Oui, la question est complexe et elle mérite d'être considérée avec attention. Prenons un exemple quotidien : si vous commandez un objet, le payez, et si cet objet que vous recevez ne correspond pas à ce qui vous a été promis par le vendeur, vous direz : "il y a une publicité mensongère, ce pour quoi j'ai payé et ce que j'ai reçu ne sont pas conformes"... Voici un aspect très simple de la vérité : Il y a un jugement de conformité entre une affirmation sur un objet et la réalité de cet objet. Vous êtes déçus, voire en colère parce qu'on vous a trompé. La vérité est fondamentalement la conformité de notre jugement avec ce qui est réellement dira le philosophe Aristote. La vérité et l'erreur se trouvent dans nos jugements. Mais il y a bien des sortes de jugements : un jugement artistique, un jugement affectif, un jugement scientifique, un jugement prudentiel au niveau politique, un jugement dans l'éducation etc. Nous ne cessons de former des jugements et ces jugements expriment notre connaissance du monde qui nous entoure, de nous-mêmes et ces jugements orientent notre manière d'agir et nos choix. La vérité est donc une réalité "analogique" car les critères de vérité ne sont pas les mêmes dans l'activité du travail, dans l'amitié, dans la vie politique, dans l'éducation, dans les sciences... Beaucoup de vérités sont accessibles à tous les hommes mais il en est une qui excède radicalement les capacités de l'intelligence humaine : cette vérité est la connaissance de Celui qui a dit de Lui : "Moi, je suis le Chemin, la Vérité et la Vie." Cette Vérité est une personne et une Personne divine. C'est le Logos, la Sagesse de Dieu, qui s'est fait chair. C'est la Source cachée depuis les origines de tout ce qui est. C'est la Source cachée qui, par son incarnation ineffable, s'est rendue visible à nos yeux en assumant notre chair.
Nous ne pouvons découvrir et connaître cette Vérité qu'en accueillant l'enseignement de notre Père, qu'en nous laissant guider par l'Esprit Saint qui veut nous conduire à la Vérité tout-entière. Cette Vérité est le Soleil de Justice, la Lampe éternelle qui éclaire tous les élus, la Source de toute Lumière et de tout Amour dans la Jérusalem céleste.  
 

Par Frédéric Tavernier Vellas - Publié dans : Centuries sur la Théologie Mystique
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