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Profil

  • : Frédéric Tavernier Vellas
  • theologieorthodoxe
  • : Homme
  • : 15/11/1959
  • : France Haute Garonne
  • : philosophie théologie orthodoxie musique byzantine
  • : Docteur en Philosophie, diplômé en musique byzantine(Athènes), Frédéric Tavernier Vellas est chanteur de l'Ensemble Organum, protopsalte de la paroisse orthodoxe roumaine de Toulouse et directeur artistique de l'association Egéo-Apmh
Lundi 7 juillet 2008

Après avoir mis en lumière l'unité radicale et la spécificité de l'âme humaine, Maïmonide poursuit son exposé en rappelant les divers degrés de vie que l'on peut découvrir en considérant les diverses activités de celle-ci.
Comme nous l'avons vu dans notre précédent article Maïmonide, Huit Chapitres, l'âme humaine. l'âme est saisie comme source (principe et cause) immanente du mouvement du vivant (des différents mouvements du vivant) à partir d'une induction très qualitative fondée sur l'expérience de ces divers mouvements, de ces diverses activités vitales, et sur l'existence d'un ordre immanent et d'une unité radicale présente au plus intime du vivant, au plus intime de l'homme comme vivant.
C'est la perfection de l'âme qui permet au vivant de se mouvoir, au corps d'être un organisme, au sens fort, à la différence des corps physiques inanimés.
Il n'est pas inutile de rappeler ici que l'âme confère au vivant une dimension qui le place déjà au-dessus des simples réalités en devenir, une supériorité à l'égard de l'être-mû.

1. Le premier degré de vie pour Maïmonide est la partie nutritive de l'âme. Il recense sept facultés qui constituent la vie végétative dans l'homme. Mais il ne s'y attarde pas, considérant que le propos de l'étude de ces facultés relève davantage de la médecine que de la théologie ou de l'éthique religieuse... Rappelons simplement que parmi ces facultés nous trouvons la capacité de s'alimenter et tout ce qui s'y rapporte, la dimension de la reproduction, également les mouvements qui concernent la croissance biologique du vivant...
L'importance de ce premier degré de vie apparaîtra plus tard, lorsque Maïmonide considérera la dimension humaine de la nutrition et celle de la reproduction, c'est à dire la dimension humaine de la sexualité.


2. Le deuxième degré de vie est la sensation. Maïmonide rappelle simplement et sans s'y attarder les sens bien connus de tous : le toucher, la vue, l'odorat, le goût et l'ouïe. Aristote dans son étude sur les sensations accordera, au contraire, une place très importante à l'étude des sensations et particulièrement en ce qui concerne le sens du toucher. Mais le propos de Maïmonide dans cet ouvrage n'est pas d'élaborer une philosophie du vivant mais d'utiliser les éléments essentiels de cette philosophie en vue de l'éthique religieuse. Rappelons toutefois que pour Aristote, ce sens du toucher tient une place capitale, il est le seul qui soit absolument indispensable au vivant de vie sensible. Il lie de manière essentielle le sens du toucher et l'activité de la nutrition. La privation du toucher est, pour lui, synonyme de la privation de la vie animale.


3. Le troisième degré de vie pour Maïmonide est l'imagination. A ce sujet, Maïmonide va développer davantage sa pensée. Il est face à l'erreur des  Mutakallimun, ces personnages qui ont émis l'opinion que tout ce qui est imaginé est possible. Or l'imagination est directement reliée à la sensation dont elle permet de garder le souvenir, elle permet également la mise en relations des diverses connaissances sensibles (sensibles propres et sensibles communs).
Nos sensations trouvent leur prolongement dans notre imagination. Celle-ci représente ainsi un nouveau type de connaissance qui, tout en restant dans l'ordre du sensible, n'a pas le caractère immédiat de la connaissance par les cinq sens. Cette connaissance réalise une synthèse de nos connaissances sensibles antérieures. Elles ne sont plus des connaissances sensibles mais des représentations sensibles. Elles ne peuvent donc conserver la même objectivité.
La source de ces représentations étant en nous, elle peut même composer de nouvelles images qui ne sont plus directement liées à une connaissance objective, à une expérience sensible... On peut "créer" de nouvelles images, associer des éléments de connaissances qui n'existent pas dans la réalité actuelle. C'est alors l'imaginaire qui fabrique des réalités impossibles, ou l'imagination créatrice de l'artiste qui travaille sur des possibles à réaliser.
Il est évidemment faux de dire comme les Mutakallimun que tout ce qui est imaginé est possible. Mais aujourd'hui, le développement prodigieux des sciences et de la technique, le développement de l'informatique, peut nous donner une sorte d'illusion communautaire que tout ce qui est imaginé est ou sera un jour possible... car la réalisation d'objets, de situations imaginées dans un monde virtuel a pris une extension phénoménale. D'autre part les réalisations scientifiques ont rendu possibles des productions qui à l'époque de Maïmonide aurait pu sembler de la pure science-fiction... Maïmonide prend pour exemple un vaisseau de fer qui voyagerait dans les airs. On ne peut s'empêcher de penser à cette conquête de l'espace que nous avons réalisée... mais le danger reste le même, tout n'est pas possible et si certaines choses deviennent possibles, est-ce un critère suffisant pour penser qu'elles soient utiles et bonnes ?

4. Le quatrième degré de vie pour Maïmonide est le domaine de l'appétit, la faculté désirante de l'âme humaine. Cette dimension est le domaine des passions : amour, fuite, joie, colère, dureté, clémence etc. Ce domaine des passions est effectivement des plus importants dans la compréhension du vivant et particulièrement de l'homme. Nous verrons combien cette dimension va jouer un rôle dans l'éthique religieuse de Maïmonide, comme elle joue un rôle de premier plan dans l'éthique humaine d'Aristote.

5. Enfin le cinquième degré est la dimension de l'intelligence. C'est la faculté par laquelle l'homme connaît les réalités, acquiert les sciences, oriente sa vie et fait des choix, opère le discernement entre ce qui est bon et ce qui ne l'est pas etc.
Cette faculté s'oriente vers la connaissance pour elle-même, une connaissance contemplative et vers une connaissance ordonnée à régler les actions humaines, la praxis. Elle utilise comme instrument la réflexion ou "cogitative", ce que l'on a appelé la raison.
Pour Maïmonide cette dimension de l'intelligence donne toute sa noblesse à l'âme humaine. Pour lui, l'intellect est la forme même de l'âme humaine et de ses diverses parties car sans la connaissance, dit-il, l'âme n'est pas bonne...
Dans notre prochain article nous entrerons dans l'éthique religieuse de Maïmonide proprement dite en regardant l'âme humaine face à la Tora. 

Par Frédéric Tavernier Vellas - Publié dans : Dialogue avec Maïmonide
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