Théologie Orthodoxe
Ορθόδοξη Θεολογία
Frédéric Tavernier Vellas
| Juillet 2009 | ||||||||||
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"Voici l'Epoux qui vient, au milieux de la nuit ! Bienheureux le serviteur qu'Il
trouvera éveillé, malheureux celui qu'il trouvera plongé dans l'indolence. Tiens-toi en éveil, ô mon âme, ne te laisse pas gagner par le sommeil afin de n'être pas livrée à la mort et que les
portes du Royaume ne se referment pas devant toi. Au contraire, redouble ton attention pour chanter : "Saint, Saint, Saint es-tu mon Dieu, par les prières de la Mère de Dieu, Seigneur fais-nous
miséricorde"."
C'est avec ce magnifique tropaire que s'ouvre l'Orthros (l'office des Matines) du Lundi saint. La Grande et Sainte Semaine s'ouvre en nous mettant face au mystère du Christ Epoux, face au mystère
des Noces de l'Agneau Immolé puisque ces noces seront des noces de Sang.
C'est le début des Saintes Passions. N'est-ce pas admirable que la liturgie lie immédiatement tout le mystère de la souffrance du Christ à son amour nuptial ? L'Exapostilaire du même office,
juste avant l'entrée dans les Laudes, conclura dans la même veine :
"Ta chambre nuptiale, ô mon Sauveur, je la vois, emplie de la Lumière, mais je n'ai pas l'habit des noces pour y entrer et jouir de ta clarté. Rends lumineux le vêtement de mon âme et sauve-moi,
Seigneur, sauve-moi".
Tel est le grand mystère dans lequel nous devons entrer pour comprendre le sens et l'enjeu des Saintes Passions du Christ. Que nous comprenions de l'intérieur le mystère de la Croix du Christ,
sans nous arrêter à l'horreur humaine qu'elle représente, au scandale et à la folie qui s'en dégagent, mais que nous entrions dans la contemplation de l'Amour qui est à la source de
ce grand mystère qui se réalise dans ces Noces de Sang.
Voici la Nouvelle Alliance dans le Corps et le Sang du Christ, voici la Nouvelle Tora qui accomplit l'Ancienne, une fois pour toutes, dans le sacrifice éternel du Fils Bien-Aimé du
Père. Voici l'Epoux qui vient.
Entrer dans ce mystère du Christ Epoux ne peut se faire que dans une théologie mystique. C'est même le secret le plus profond de la théologie mystique. C'est le grand mystique byzantin saint
Syméon le Nouveau Théologien qui a mis en lumière ce mystère avec le plus d'insistance et de force. Ces Noces qui sont notre vocation sont vécues sur la terre comme des fiançailles. Le gage de ce
contrat entre le Christ et chacun d'entre nous c'est le don de l'Esprit-Saint. La véracité de ce gage, l'acquisition du Saint-Esprit, selon l'expression de saint Séraphim de Sarov, est la
pratique des commandements et des vertus. C'est par elle que nous vérifions que nous sommes véritablement ancrés dans la vérité, que nous sommes sur le chemin des Noces qui seront
pleinement réalisées dans le Royaume.
Nous attendons l'accomplissement de ce contrat déjà scellé dans la pratique des commandements, déjà signé par la pratique des vertus. Ces vertus sont évidemment principalement la foi, l'espérance
et l'amour.
Aujourd'hui nous vivons de ce gage comme dans un miroir, mais nous demeurons fermement ancrés dans l'espérance car la promesse du Seigneur n'est pas mensongère, nous savons
qu'elle sera tenue par l'Epoux qui nous demande de demeurer dans la patience et sa présence entretenue en nous par le gage de l'Esprit-Saint.
Toutefois, si la fiancée perd patience, si son amour se tourne vers un autre, elle se rend odieuse aux yeux de son Fiancé. Elle rompt le contrat qu'elle avait signé pour l'éternité. Mais si nous
sommes infidèles, Lui demeure fidèle. La grâce du repentir nous permettra de recevoir son Pardon, de revenir dans l'intimité de sa présence, d'être rénovés dans notre contrat nuptial. C'est le
sens de la Grande et Sainte Semaine et de toute la période du Triode du Carême qui nous engage à la repentance, au retour vers l'Epoux.
Il y a là un regard contemplatif sur le mystère de l'Amour divin, qui éclaire également le mystère de l'amour humain. Nous savons que l'apôtre des nations, le grand saint Paul, a fait
cette analogie entre les noces du Christ et de l'Eglise et le mariage humain. Il voulait principalement mettre en lumière l'unité profonde que réalise l'amour. Dans le mariage, l'homme et la
femme ne font plus qu'une seule chair. Dans l'Esprit-Saint, nous ne faisons plus qu'un avec le Christ, Un, dans l'Amour divin. Cette unité est ineffable. Cette unité d'amour ne diminue en rien
notre distinction personnelle, notre distinction substantielle. L'Esprit-Saint ne nous absorbe pas, nous ne disparaissons pas. Au contraire, l'épouse illuminée par la beauté divine de l'Epoux
devient resplendissante. Il y aurait encore beaucoup à dire sur ce mystère du Christ Epoux, il faudrait regarder le mystère de Marie, la Femme par excellence, celle qui est revêtue du
Soleil, celle qui est semblable à une mer de cristal qui réfracte la Lumière du Soleil sans l'assombrir... Mais nous y reviendrons pour ne pas trop allonger cet
article.
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