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  • : Frédéric Tavernier Vellas
  • Le Blog Théologie Orthodoxe par Frédéric Tavernier Vellas
  • : Homme
  • : 15/11/1959
  • : France Haute Garonne
  • : philosophie théologie orthodoxie musique byzantine
  • : Docteur en Philosophie, diplômé en musique byzantine(Athènes), Frédéric Tavernier Vellas est chanteur de l'Ensemble Organum, protopsalte de la paroisse orthodoxe roumaine de Toulouse et directeur artistique de l'association Egéo-Apmh
Lundi 12 février 2007 1 12 /02 /2007 11:39

    Si l'inspiration nous met face à cette puissance de l'intelligence pratique d'être source d'une nouvelle forme, d'une idée capable d'être réalisée dans la matière, elle implique également une façon particulière « d'être au monde » selon une expression des philosophies modernes, comme la phénoménologie.

L'homme est face à une matière capable d'être transformée et il la regarde dans la lumière de cette capacité à être transformée. L'artisan et l'artiste ont une connaissance particulière de la matière, ils en saisissent à la fois les qualités, les déterminations et également la vulnérabilité ou la part d'indétermination inhérente à la réalité mue.

    Cette connaissance est très différente de la connaissance philosophique de la matière en philosophie de la nature, elle implique un prisme particulier, celui de la connaissance artistique. Dans la connaissance philosophique de la nature, la matière est regardée pour elle-même et non dans sa capacité à être transformée.

    Deux types de connaissance donc : l'une qui est pratique et qui confère à l'homme le sens d'une certaine supériorité sur la matière, il domine la matière et lui donne une nouvelle forme, et l'autre qui s'apparente davantage à la théoria, une connaissance plus contemplative, où l'intelligence est, cette fois, mesurée par la réalité en mouvement. Elle comprend sa dépendance dans l'ordre de la connaissance à l'égard de cette réalité qui n'est pas le fruit de sa pensée mais qui existe avant elle comme un fait concret, une réalité sensible, une ousia sensible.

    Il est très important de bien comprendre ce qui différencie ces deux modes de connaissance si l'on ne veut pas réduire la connaissance humaine à une connaissance de mode artistique dans laquelle le développement des « possibles » dans la pensée jouerait un rôle prépondérant. Il y aurait ici, également, beaucoup à dire sur le développement des pensées philosophiques qui, depuis Descartes, ont fondé leur point de départ non sur l'expérience immédiate des ousia sensibles – la connaissance de celles-ci étant suspecte - mais sur les idées présentes dans la raison humaine, explorées dans une attitude réflexive de méditation à l'intérieur d'un développement dialectique. Mais cela est un autre sujet.

    Revenons à l'activité du travail. Si celle-ci implique une connaissance préalable de la matière, si elle met en jeu une alliance particulière de l'intelligence et de l'imagination source de l'inspiration et d'un choix artistique, elle demande de se réaliser dans l'oeuvre. Comme nous l'avons dit, l'oeuvre est à la fois le fruit du travail et son but. On travaille pour réaliser une oeuvre. Dans le travail de l'artisan, en plus du savoir-faire dont nous aurons à reparler, il y a l'utilisation d'outils. Ceux qui connaissent le compagnonnage savent la beauté des outils traditionnels et avec quel respect et quel amour ils sont utilisés par les compagnons. La philosophie du travail humain réclamera donc une réflexion en profondeur sur l'outil et sur ses développements.

    L'outil dans sa forme première constitue un véritable prolongement de la main. Il permet de donner à la matière sa nouvelle détermination. Dans le monde moderne, l'outil a connu des développements prodigieux et l'on a vu apparaître des machines outils et des robots et surtout l'avènement d'un outil particulier qui ne vient plus prolonger la main, mais la raison humaine : l'ordinateur. Celui-ci au point de départ était surtout utilisé pour le calcul... il permettait de réaliser des opérations très difficiles en un temps record. Au départ, l'ordinateur était une immense armoire qui parfois prenait un mur entier... aujourd'hui de nombreux étudiants se promènent avec leur « portable » qui a des capacités invraissemblables en terme de mémoire et de variété d'utilisation.

    La philosophie du travail demande une réflexion approfondie sur la dimension humaine du travail. A partir de quand un travail n'est-il plus vraiment humain ? La machine travaille-t-elle ? Jusqu'où peut-on désapproprier l'homme du travail et de son fruit ? Autant de questions aussi passionnantes que brûlantes, auxquelles s'ajoutent aujourd'hui les questions concernant les matières non-naturelles et malheureusement les problèmes de pollution de la nature (on préfère dire aujourd'hui de l'environnement) par l'accumulation de déchets toxiques ou difficilement recyclables.

(à suivre)


Par Frédéric Tavernier Vellas - Publié dans : Philosophie du travail humain
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Vendredi 9 février 2007 5 09 /02 /2007 11:03

    Lorsque Philippe fit la demande à Jésus de nous montrer le Père, Jésus s'étonna de cette demande. Philippe, en effet, n'avait toujours pas compris qu'il existait une unité si profonde, substantielle, entre le Père et le Fils. Jésus lui répondit alors par cette parole : « qui me voit, Philippe, voit le Père ! » Il dit encore ailleurs : « Le Père et moi nous sommes Un » et encore « Nul ne va au Père que par moi. »

    Nous sommes tous semblables à Philippe. Nous imaginons bien souvent le Père comme un Grand Inconnu, totalement inaccessible, ce Tout-Autre que nous ne connaîtrons qu'après la mort, peut-être, mais qui nous échappe totalement tant que nous sommes sur la terre. Nous voudrions voir le Père, mais notre chemin se perd le plus souvent dans un sentier imaginaire. Mais il ne doit pas en être ainsi. La divino-humanité du Christ nous ouvre largement les secrets du Père. Jésus nous révèle le Père : « déjà vous le connaissez » dira Jésus à ses disciples.

    La contemplation adorante du Père passe ainsi par l'adoration et la contemplation du Fils de Dieu incarné, Jésus, le Fils de Marie. Certaines grandes affirmations de Jésus peuvent nous aider à mieux comprendre ce chemin ouvert dans nos coeurs par l'Esprit-Saint qui fait jaillir au plus intime de notre coeur « des fleuves d'eau vive. »

    Jésus se présente à nous, comme l'a si admirablement souligné M-D Philippe, à travers sept grandes affirmations : « Je suis le Pain de Vie », « Je suis la Lumière du Monde », « Je suis », « Je suis la Porte », « Je suis le Bon Pasteur », « Je suis le Fils de Dieu » et « Je suis la Résurrection. »

    Jésus est la Pain de vie, le Pain véritable, pas seulement pour nous les hommes. Il est éternellement le Pain du Père, Celui qui est entièrement donné au Père, Celui qui est sa joie éternelle. « Le Logos était tourné vers Dieu »... difficile de rendre toute sa force ici au « pros ton Theon » du texte original. Il est entièrement donné au Père. Jésus nous révèle ainsi l'amour du Père pour le Fils Unique. Le Fils est éternellement joie pour le Père. Cette joie éternelle nous est donné à nous pauvres créatures appelées par le Fils à la divinisation par la grâce incréée du Saint Esprit. Jésus est notre Pain qui vient du Ciel, et nous participons au Banquet éternel du Père. Nous sommes nourris du même Pain que Lui. C'est pourquoi la Sainte et Divine Liturgie restera toujours le sommet de la vie liturgique de l'Eglise. l'Eucharistie nous fait vivre de la même vie que le Père.

    Jésus est la Lumière du Monde. Cette affirmation, que le Credo de Nicée-Constantinople a reprise avec force, nous révèle que le Christ, effigie de la Substance du Père, nous fait connaître le Père comme Lui seul le connaît. La tradition orthodoxe a toujours attaché une grande importance aux grandes révélations de la Lumière Divine : la présentation de l'Enfant Jésus au Temple, le Baptême du Christ et la Transfiguration. L'Exapostilaire de la fête de la Transfiguration est une exultation face à cette révélation : « O Logos, Lumière éternelle, Lumière du Père inengendré, aujourd'hui sur le Thabor, dans ta Lumère, nous avons contemplé la Lumière du Père et la Lumière de l'Esprit-Saint qui illumine le Cosmos tout-entier. »

    Jésus dit encore « Je suis ». Ainsi Jésus nous révèle-t-il qu'Il est, avec le Père et l'Esprit-Saint, le Créateur du Monde, le Créateur de notre âme. L'oeuvre de la Création est celle de la Trinité tout-entière. Jésus nous révèle ainsi la Paternité du Père sur notre personne humaine appelée à la divinisation, son amour pour nous comme Créateur et Père : « Le Père Lui-même vous aime » dira-t-il à ses disciples.

    Jésus est la Porte qui nous ouvre le chemin pour aller au coeur du Père. C'est par Lui que nous entrons, sous le Souffle de l 'Esprit-Saint, dans cette communion avec le Père, cette expérience ineffable qui nous fait dire avec Jésus : « Abba Père ». Jésus nous apprend à regarder le Père comme Lui-même le regarde : Il est notre « Abba », ce qui signifie « Papa ». Mystère de communion, d'intimité et de confiance.

    Jésus est le Bon Pasteur. Ici nous découvrons toute la sollicitude du Père pour nous. Il ne veut perdre aucun d'entre nous. Jésus en donnant sa vie pour nous accomplit ce qu'il voit faire au Père qui nous donne son Fils Unique pour nous sauver en nous attirant à Lui malgré notre indignité, nos péchés.

    Jésus est le Fils de Dieu. Ce mystère de filiation nous ouvre à une nouvelle vie, nous sommes appelés à une nouvelle naissance : la naissance d'en-haut. Le Père nous fait naître à nouveau en son Fils, c'est en Lui qu'Il nous regarde.

    Enfin Jésus est la Résurrection. Il a pouvoir sur toute vie. Il a pouvoir de donner sa vie et de la reprendre. Il a pouvoir de ressusciter qui Il veut. Il est la Résurrection. Ce pouvoir, Il l'a reçu du Père et le Père lui a également donné ce pouvoir pour nous, pour que nous puissions entrer dans son Royaume là où Jésus dans sa divino-humanité est entré le premier, là où il est allé nous préparer une place.

    Le coeur du Père nous fait vivre ce mystère d'amour, de communion, de miséricorde, de vie et de joie éternelle. Tout cela nous est donné gratuitement dans la divino-humanité du Christ. C'est bien de cette plénitude que nous avons vocation à vivre dans l'adoration et la contemplation et dans le sacrement du frère.

Par Frédéric Tavernier Vellas - Publié dans : theologie orthodoxe
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