La personne de Jésus est bien mystérieuse. Beaucoup peinent à la comprendre et même à
l'approcher tout simplement, tant sa double nature humano-divine nous met face à un homme qui semble souvent échapper au comportement habituel de tous ses semblables.
Pensez à la controverse de Jésus et de ses frères, qui ne croyaient pas en lui, qui lui conseillent de monter à la grande fête de Jérusalem, s'il veut en profiter pour se faire mieux
connaître...
Lorsqu'il y a un grand rassemblement, c'est une opportunité pour faire connaître ce que l'on veut dire, vendre ou pour se faire connaître soi-même... Parfois, on loue un stand dans la fête, ou le
salon, au prix fort ! On espère ainsi qu'il y aura des retombées, en terme de notoriété ou de commandes, si l'on est commerçant.
Ce jour-là, Jésus montera à cette fête en secret. Pour faire des affaires, il faut savoir saisir toutes les opportunités, chaque moment est le bon, mais pour rendre l'ultime témoignage du
Don de toute sa vie au Père, Jésus a une heure bien déterminée un moment choisi dans le secret du Conseil éternel de la Très Sainte Trinité.
Jésus, à plusieurs reprises, subira les pressions de la foule enthousiaste à la vue des signes qu'Il opérait. Ils voudront qu'il devienne leur roi, le Roi des juifs.
La première manifestation de cette royauté de Jésus nous la découvrons à sa naissance. Ce petit homme qui naît dans cette obscure grotte de Bethléem et que des bergers et des mages viennent
adorer. Les mages lui apporteront même des présents royaux : l'encens, la myrrhe et l'or.
Hérode, qui était roi d'Israël à cette époque là, ne s'y trompera pas. La Prophétie avait annoncé la venue de ce Fils de David qui règnerait éternellement sur la maison d'Israël... Le danger
de voir son trône, sa lignée, passer à un autre est tellement insupportable pour lui, qu'il entrera dans une jalousie semblable à celle de Saül à l'égard de David. Il cherchera à mettre à mort
l'enfant et, pour cela, n'hésitera pas à réaliser un véritable carnage : le massacre de tous les enfants mâles de moins de deux ans.
Le vieillard Syméon, cet homme pieux qui vivait dans le Temple et attendait la rédemption et la délivrance d'Israël témoigna, à son tour. Mais dans sa prophétie, un nouvel aspect de la royauté de
Jésus apparaît : Il est un roi dont la seule présence provoquera la chute et le relèvement de beaucoup en Israël, il sera un signe en bute à la contradiction. Il sera source de souffrance pour
tous ceux qui l'aimeront et particulièrement pour sa mère dont le coeur sera transpercé par un glaive. Puis l'enfance du Christ, une vie si simple et cachée aux yeux des hommes, laisse
finalement la place à sa vie apostolique. Jésus commencera cette vie apostolique en choisissant des collaborateurs, des amis intimes : les apôtres.
Le premier des apôtres à rendre hommage à cette majesté du Christ est Nathanael, cet homme en qui il n'y avait pas détours. "Un homme vrai qui ne sait pas mentir" dira Jésus de lui.
Après avoir exprimé ses doutes sur Jésus : "De Nazareth peut-il sortir quelque chose de bon ?", Nathanael sera désarçonné dès sa première rencontre avec le Christ.
Celui-ci lui dit : "tout-à-l'heure, je t'ai vu, alors que tu priais sous le figuier". Bien sûr, Jésus n'était pas là, physiquement. Il ne pouvait donc pas le voir. Nathanael avait bien pris soin
de prier en secret. Il savait qu'il n'y avait personne autour de lui. Si Jésus a été témoin de cette prière fervente qu'il adressait à Dieu dans le secret, c'est que Jésus est bien le Messie qui
doit venir, le Roi d'Israël.
Jésus lui répondit : "parce que je t'ai dit que je t'ai vu sous le figuier, tu crois ? Tu verras des choses plus grandes encore. Amin, Amin, je vous le dis, vous verrez les cieux ouverts et les
anges de Dieu monter et descendre au dessus du Fils de l'Homme".
Un autre grand passage est explicitement orienté vers ce mystère de la royauté de Jésus. C'est le chapitre six de l'évangile de saint Jean le Théologien. Après la multiplication des pains, la
foule veut faire de Jésus son roi. Mais lui s'en va seul dans la montagne pour prier. Il fuit cette foule qui croit le glorifier mais qui n'a pas compris qui Il est, et ce que signifie
pour Jésus être roi.
C'est juste avant d'entrer dans les Saintes Passions, que Jésus va accepter d'être acclamé par la foule comme un roi. mais ce roi biblique, ce Fils de David, accomplira son entrée triomphale à
Jérusalem dans cette attitude d'humilité annoncée par la prophétie : "Sois sans crainte fille de Sion : voici venir ton roi, monté sur le petit d'une ânesse".
La foule l'acclame en criant : "Hosanna, bénit soit-il celui qui vient au Nom du Seigneur, le roi d'Israël"
Cette royauté que Jésus semble enfin accepter de reconnaître le jour des Palmes (fête
des rameaux en Occident) deviendra le motif principal de sa condamnation par les grands prêtres. C'est le motif qu'ils invoqueront face à Pilate pour le lui livrer. La rencontre de Jésus et de
Pilate viendra encore davantage éclairer et obscurcir à la fois le mystère de Jésus-Roi. Lorsque Pilate l'interroge : "ainsi tu es roi ?" Jésus fera cette réponse divine qui troublera son
interlocuteur au plus profond de lui-même. "Tu le dis, je suis roi. Je suis venu en ce monde pour rendre témoignage à la vérité. Tout homme qui appartient à la vérité entend ma voix". Jésus est
roi, un roi de vérité face au royaume du mensonge, face aux puissances qui font le mal. Pilate voudra faire libérer Jésus en qui il ne trouve aucun motif de condamnation. Mais les grands prêtres
vont aller encore plus loin. Non seulement Jésus se prétend le roi des juifs, mais encore il se prétend Fils de Dieu. Cela signifie de même nature que Dieu et donc, il se fait l'égal de Dieu
lui-même. A ce moment là, la royauté de Jésus prend une toute autre dimension et Pilate commence à être envahi par la peur : D'où es-tu, dira-t-il. Devant le silence de Jésus, Pilate se ressaisit
et invoque son pouvoir sur Jésus : "ne sais-tu pas que j'ai le pouvoir de te faire mettre à mort et le pouvoir de te libérer ?" Jésus se servira de cette phrase pour lui donner une leçon sur la
distinction du pouvoir et de l'autorité. Toute autorité vient de Dieu et doit être rapportée à Dieu. Si Dieu ne le permettait pas, Pilate n'aurait aucune autorité sur Jésus.
Le péché des grands prêtres qui ont livré Jésus à Pilate est donc d'autant plus grand que l'autorité qui est la leur est une autorité religieuse qu'ils utilisent non pour coopérer à l'oeuvre de
Dieu mais pour livrer un innocent par jalousie.
La royauté du Christ a donc sa source dans l'Autorité suprême du Père qui lui a tout donné. La royauté du Christ est une autorité paternelle dont la fin est le témoignage rendu à la Vérité.
Cette Vérité, c'est le Père, source de toute lumière et de tout amour. Il y a là un enseignement sur l'autorité dans une vision de sagesse divine qui éclaire pour nous l'exercice de l'autorité
sur la terre, qui éclaire le mystère du Christ Roi.
C'est sur la croix de Jésus que nous retrouverons l'ultime témoignage de la royauté du Christ avant sa mort et sa résurrection. Sur la croix de Jésus est inscrit en hébreux, en grec et en latin :
le Roi des Juifs. Cette inscription les grands prêtres et les scribes la dénonceront auprès de Pilate. Il ne fallait pas écrire : le Roi des juifs... mais cet homme a dit je suis le Roi des
juifs... Pilate ne voudra pas aller plus loin, il sait qu'il a été entraîné par les grands prêtres dans un acte que peut-être il regrette déjà. Les grands-prêtres l'ont poussé à faire condamner
un innocent et Pilate le sait. Il leur répondra simplement : ce que j'ai écrit, je l'ai écrit...
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