Présenter la personnalité du plus grand des théologiens du judaïsme médiéval n'est sans doute pas nécessaire. Moïse
Maïmonide est l'icône du théologien de confession juive pour cette période si féconde.
Son nom est associé aux plus grands théologiens musulmans ou chrétiens des trois premiers siècles du deuxième millénaire : Avicenne (980-1037), Averroès (1126-1198), saint Albert le Grand
(1200-1280) et saint Thomas d'Aquin (1225-1274). Moïse Maïmonide est originaire de Cordoue (en
Andalousie) où il naît en 1138. Il meurt à Fustat (en Egypte) en 1204. Une vie intellectuelle intense pour ce philosophe et théologien qui, pour gagner sa vie, pratiquera l'art
médical.
Entrer en dialogue avec Maïmonide présente un intérêt de premier plan. Il est un des commentateurs les plus importants de la Tora de Moïse. Il est également un des plus fins connaisseurs de
la pensée du philosophe Aristote et des grands penseurs de l'Islam médiéval comme Farabi.
Cette époque est une véritable révolution dans l'histoire de la pensée philosophique et théologique. Elle est marquée par la rencontre de la tradition rabbinique la plus profonde (et également
des grandes pensées religieuses de ce temps) avec l'approfondissement de la sagesse philosophique aristotélicienne tant au plan spéculatif que pratique. Saint Grégoire Palamas (le
grand Docteur de l'Orthodoxie) lui-même, qui est si méfiant à l'égard de la philosophie platonicienne, considèrera la pensée philosophique d'Aristote comme un exercice utile et légitime.
Cette sagesse aristotélicienne, interprétée de manière diverse, reconnaissons-le, va permettre un développement théologique et philosophique extrêmement puissant.
Maïmonide a développé sa pensée dans un axe double : la théoria (l'axe spéculatif) et la praxis (l'axe de l'activité humaine). Il est à la source d'une pensée d'éthique religieuse dans laquelle
se rencontrent, de manière féconde, l'éthique aristotélicienne (Ethique à Nicomaque) et la Tora de Moïse.
Il est également l'auteur d'une oeuvre majeure : "Le Guide des égarés", oeuvre spéculative dans laquelle Maïmonide exploite toutes les possibilités que lui offre la pensée analogique du
philosophe Aristote pour éclairer le sens des expressions théologiques employées dans le langage biblique au sujet de Dieu. L'oeuvre se poursuit dans une grande vision de sagesse sur la
connaissance spéculative de Dieu, le regard sur la Création, sur l'homme, sur la Loi, sur la prophétie, sur les commandements... C'est une oeuvre monumentale qui n'a, comme équivalent
(à ma connaissance), que la "Somme contre les Gentils" de Thomas d'Aquin.
A cette époque, la capacité de l'intelligence humaine de découvrir un Etre Premier, qui n'est autre que le Dieu unique des grandes traditions religieuses monothéistes, ne fait aucun doute. La
catastrophe intellectuelle de l'ontologisme cartésien et du primat de la critique de Kant, qui ont enfermé l'intelligence dans la seule sphère des idées et de la raison, ne s'est pas
encore produite : une connaissance contemplative est encore possible.
Cette connaissance contemplative repose sur la capacité de l'intelligence humaine de parvenir à la Sagesse : découverte d'un Etre Premier, par la voie de la causalité (la causalité finale), grâce
à la philosophie première mise en lumière par Aristote.
Cette découverte de l'Etre Premier repose sur la saisie scientifique préalable de l'antériorité de "l'être-en-acte" (energeia) sur l'être-en-puissance (dynamis), comme l'a montré
de manière magistrale Marie-Dominique Philippe dans ses ouvrages de philosophie première à notre époque.
Nous essaierons dans cette nouvelle catégorie de notre blog, que nous inaugurons aujourd'hui, d'entrer en dialogue avec ce grand Maître du Judaïsme. Certes, nous ne sommes pas des
spécialistes de Maïmonide, ni de l'hébreux ou encore de la langue arabe... Nous n'avons accès à ses textes qu'à travers les ouvrages disponibles dans notre langue. Mais nous sommes sûrs que cette
rencontre sera riche au plan de la réflexion philosophique et théologique et qu'elle nous permettra de découvrir beaucoup de vérités passionnantes !
Petite bibliographie :
Maïmonide, épîtres, trad. Jean de Hulster, Verdier 1983, coll. tel Gallimard.
Moïse Maïmonide, Le Guide des égarés, trad. Salomon Munk, Verdier 1979.
Maïmonide, Traité d'éthique (Huit chapitres) trad. Rémi Brague, DDB 2001.
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